Publié le par Sophie Desgagne

Bonjour parents à batteries!

 

Quand j’étais petite, mon frère et moi jouions beaucoup dehors. Nous avions la chance d’avoir une patinoire maison (merci papa!) et parfois, mon père nous amenait à la patinoire près de chez nous pour jouer au hockey. (Tranche de vie: comme cadeau à Noël, mon frère a demandé un kit de gardien de but. Ben le kit, il était pour moi, pour que je garde les buts lorsqu’il se pratique à me tirer dessus!!).

À la patinoire, on y allait souvent la semaine en soirée (l’éclairage était un élément manquant dans notre stade personnel!). Chaque fois, on jouait avec ceux qui étaient déjà sur la glace. À l’heure ou nous y allions, il y avait surtout des jeunes.

Par contre, chaque fois, il y avait un grand garçon plus âgé (grand comme mon père, donc pour moi c’était un géant garçon). Au départ nous avions été intimidés par sa grandeur et par son allure. Mon père nous avait expliqué qu’il avait une maladie, un petit retard , mais qu’il était très gentil. En effet, nous avons échangé quelques mots. Nous étions donc amis! À notre âge, tout individu plus jeune que nos parents qui nous parle gentiment mérite le titre d’ami (c’est si facile et naïf!!).

Chaque fois que nous allions jouer au hockey, nous retrouvions cet ami. Il était toujours là en même temps que nous. C’était plaisant d’avoir un ami pour jouer. Plus tard, j’ai bien compris que c’est parce qu’il venait jouer à tous les soirs durant de longues longues heures que nous le croisions constamment.

Cet ami, il ne parlait presque pas, sinon de courts mots qu’on comprenait mal. Sa bouche était un peu déformée et il avait les yeux qui semblaient fatigués, tristes. De plus, il avait la grandeur d’un ado, mais sa tête était restée enfant. Avec du recul, je crois bien qu’il devait se faire dévisager souvent, il devait se faire juger. Par contre, jamais je ne l’ai vu de la sorte à la patinoire. Il jouait avec nous et avec mon père qui nous disait du bien de lui, rien ne pouvait nous faire peur. À notre âge, on base notre jugement sur celui de nos parents: il passait le test pour mon père, il méritait donc le titre d’ami!

Tout ceci ne m’avait pas marquée plus qu’il ne le faut, j’avais oublié cet ami, jusqu’au jour où, bien assise dans ma voiture à écouter de la musique en attendant à une lumière rouge en basse-ville, il réapparaisse. Eh oui, il quêtait. Il n’avait pas changé, moi oui. Il ne m’aurait jamais reconnue. Moi ça m’a fait quelque chose.

Depuis que je suis jeune, je n’ai pas été confrontée directement à beaucoup de pauvreté extrême. Des gens dans la rue, vus de loin, c’est tout. De revoir cet ami, de comprendre ce qu’il fait, de voir comment il est avec des yeux adultes, m’ont fait réaliser à quel point nos jugements deviennent rapides avec le temps.

Il m’est arrivé de le revoir à quelques reprises. Chaque fois, ça me fait bizarre. Est-ce qu’il a toujours été ainsi? A-t-il manqué de soins? Ça avait été si facile sur la patinoire de créer des liens, mais si je faisais la même chose aujourd’hui… Je crois que je ne le ferais pas. Par lâcheté, par peur du jugement?

Et vous, avez-vous des anecdotes semblables?